8 juin 2006 – La position de la lionne sur la râpe à fromage

Pour les besoins d'un public que les pré réservations annoncent déjà nombreux, il serait peut-être utile de revenir sur l'hypothèse selon laquelle une lionne chercherait absolument à se tenir sur une râpe à fromage. Qu'en est-il exactement ? Mythe ou réalité ? Chiche ou pas cap' ?

Re-situons les faits : nous sommes en Grèce, au cinquième siècle avant Jésus Christ, un mercredi. Le soleil tape dur sur la pampa méditerranéenne. L'ombre se réduit à une goutte d'eau dans un verre d'ouzo. Plus rien ne bruisse sinon les cigales qui chantent et, sous un olivier, un berger qui soupire. L'homme déprime. Il a pourtant pris jeune et belle femme, mais le cœur n'y est pas. S'il avait pu, il aurait rêvé de quelque chose, mais il ne rêve plus.

Alors sa femme décide d'affréter une barque de pêcheur et le couple embarque pour un voyage de noces sur les côtes sud-Africaines [rappelons qu'à cette époque, Suez n'avait pas encore commencé ses études de terrassement].

Las ! La brousse de Tanzanie rappelle au berger son Péloponnèse natal et, lorsqu'un troupeau de girafes vient à traverser l'horizon, le souvenir de ses cabris se fait plus vivace encore amenant une larme sur sa joue. Bref, notre berger se languit et les petites robes en safran de sa dulcinée ne changent rien à l'affaire.

Pour tromper son ennui [et non sa femme, comme des historiens peu scrupuleux ont pu le suggérer], l'homme s'adonne à la chasse. Un jour, il disparaît. Seul. Le temps s'écoule dans la savane immobile. Le soleil décline, les phacochères sortent de leurs tanières mais le berger ne revient pas. Le soleil réapparaît, un peu curieux, avant de disparaître à nouveau. Les jours passent, deviennent des semaines. Passe l'automne, vienne l'hiver, à cela il n'est rien à faire. Qu'a donc pu devenir ce gentil berger ?

La femme délaissée est depuis longtemps retournée dans son petit village de la banlieue Athéna. Elle scrute la mer Egée tous les jours que Zeus fait alors que, de leurs côtés, les oracles ont ouvert des paris sur le retour du mari. De l'oracle au désespoir, il n'y a qu'un verre de cidre et, un soir qu'elle noie sa déprime dans de l'hydromel grec, la jeune mais brièvement mariée aboutit à la conclusion que la vie sans berger ne vaut pas la peine d'être vécue. Sa décision est prise : cette nuit sera sa dernière.

Elle se rend en ville. Longeant les ruelles sordides des quartiers mal famés, elle avance vers son destin. « Que les dieux de l'Olympe décident de mon sort comme ils l'ont fait pour mon berger ! », invoque-t-elle. Guidée par la fatigue qui la gagne et la peur qui la hante, elle entre dans l'une de ces tavernes crasseuses fréquentées seulement par les marins et les philosophes. L'endroit est réputé pour la qualité de ses filles de joies et la médiocrité de ses boissons.

C'est là qu'elle le voit, à la table voisine. Il dîne avec trois porcs, lui et deux copines. Il la regarde ; elle n'arrête pas. De la poche intérieure de sa veste en poils de chèvre, il sort une petite râpe à fromage. Il siffle et une énorme lionne apparaît dans la salle. Ses amis applaudissent : le tour promet d'être mémorable. L'homme – un berger : SON berger – pose la râpe sur un tabouret. Aussitôt, la reine des zoos s'approche, feignant l'indifférence. Elle pose délicatement la patte avant droit sur la râpe, puis la patte avant gauche et, par une imperceptible impulsion des membres postérieurs, fait le figuier sur la râpe [la poire n'était pas un fruit connu des grecs à cette époque ; c'est pour ça qu'on a fait l'Europe]. Le succès est immédiat.

Mais la femme du mari retrouvé n'est pas venue dans ce bouge pestilentiel pour se divertir. Si elle n'est plus tout à fait certaine de vouloir mettre un terme à ses jours, elle est assez curieuse de connaître les raisons de l'absence de son fugueur d'époux. Elle l'enjoint de s'expliquer ; l'homme acquiesce. Autour d'eux, le silence s'installe. Les tabourets se rapprochent, les verres se remplissent au comptoir et des bougies sont éteintes. Dans l'obscurité, l'homme raconte son histoire.

'Comprends-moi, Femme ! J'étais déprimé. Ma vie avait si peu de sens que je m'étais perdu dans la savane. Au détour d'une oasis, je découvre cette sympathique lionne qui termine son repas en se curant les dents avec un tibia de zèbre. Elle me dit : « Alors, dessert ! On va batifoler à Tombouctou ? » Je devais avoir bien mauvaise mine car elle ravala sa salive et ajouta : « Tu as l'air tout déprimé pour un mec qui va finir en BN. Attends, bouge pas ! Je vais te montrer un truc de dingues. » J'attends. Elle se lève et, au milieu de la brousse, alors que l'horizon se pare d'ocre et d'or, l'animal fait la figure de l'acacia (ils n'ont pas de figuiers, les pauvres, alors ils appellent ça faire l'acacia) sur une râpe à fromage. A ce moment, je sens que ma vie bascule ; pour prendre un sens.

Depuis ce jour, nous avons fait équipe. J'ai traversé des contrées où Zeus se perdrait, parcouru des mers dans lesquelles Poséidon se noierait…'

-         Tais-toi, malheureux ! Ne blasphème pas ! l'interrompit sa femme.

-         Je fais ce que je veux ! C'est moi l'homme ! [nous sommes en Grèce, il y a vingt-cinq siècles, ne l'oublions pas. Une telle conversation serait impensable de nos jours.]

-         OK… Alors comme ça, il aurait suffit que l'on fît le figuier sur la râpe à fromage, pour que renaisse le sourire sur tes lèvres ? Pourquoi ne me l'as-tu jamais demandé ?

-         Mais j'ignorais que tu susses faire la lionne sur la râpe à fromage !

-         C'est un tour que je tiens de ma mère, qui elle-même le tenait de sa mère… C'est dans la famille depuis les Titans, gros nigaud.

-         C'est pas Zeus possible !

-         Rentre donc à la chaumière et je te montrerai.

-         Ma douce femme !

-         Mon benêt de mari !

L'histoire se terminant sur une note plutôt joyeuse, l'on peut s'interroger sur les raisons qui poussèrent Lysistrata à interdire à ses comparses la pratique de la position de la lionne sur la râpe à fromage. Il fut dit, par des sots, que c'était dans un but féministe. Faut-il ne pas voir plus loin que le bout de son nez pour avancer pareille théorie !

Personne ne se demande ce qu'est devenue la lionne, seule en Grèce en pleine antiquité ? Vous pensez que le berger l'a ramenée à la ferme pour l'élever au milieu des cabris ? Soyons raisonnables un instant… Il l'abandonna., la pauvre chatte. Laissée à elle-même, la lionne erra un temps dans les collines de Grèce, rongeant sa désillusion en même temps que quelques os de bergers. Jusqu'au jour où elle disparut. On raconte qu'on l'a vu dans une petite taule de Bien Ho Har, pas tellement loin de Saigon, celle avec des volets rouges, et la taulière…

Avant les femmes, Lysistrata avait fait des animaux son cheval de bataille (ce qui n'est pas loin d'être un comble). Et c'est pour interdire le commerce d'animaux sauvages en général, et la traite des lionnes en particulier, que Lysistrata est ainsi monté au créneau de l'Acropole.



Article ajouté le 2006-06-08 , consulté 149 fois

Commentaires


bernie le 14/06/2006 à 09:31:58
Je pense que si on avait encore des questions sur la position de la lionne sur une rape à fromage, là tous les doutes sont levés, la démonstration est claire brillante et ne souffre aucune contestation.Qu'un historien vienne mettre cette théorie en cause et aussitôt je te lui envoua une escouades de gardes pour le ligoter avec les mains dans le dos. Au fait , ils sont où les gardes ? Sinon ça fait un petit moment quie je n'ai pas vu Pissandre et je me demande s'il n'est pas en train de comploter quelque chose quelque part....

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